Communautés apprenantes : des espaces d'apprentissage pour tous
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LES COMMUNAUTÉS APPRENANTES AU COEUR DE LA RÉFLEXION
STRATÉGIQUE DU RESDAC

Cette section présente dix raisons qui ont guidé le RESDAC dans sa réflexion stratégique, dix raisons qui expliquent l'intérêt du RESDAC pour le principe de communautés apprenantes, et dix raisons qui démontrent le chemin parcouru par le RESDAC dans sa compréhension des enjeux et des obstacles liés au développement de l'alphabétisme et des compétences…

A

Raison 1 : « Les problèmes reliés ont besoin de solutions reliées. » (Tony Blair)

Il importe de noter que le but ultime des communautés apprenantes fondées sur le lieu tient de plus en plus compte de la pérennité environnementale, économique et sociale. De la même manière, la littératie pour tous est perçue comme partie intégrante des solutions conjointes requises pour résoudre les problèmes communs posant des défis aux individus et aux communautés du monde entier. À l’évidence, la littératie universelle semble la condition préalable à l’avènement d’une démocratie viable.

Raison 2 : la capacité d'apprentissage comme fondement d'une société

Développer des personnes à part entière dans des communautés à part entière, voilà le rôle des communautés d’apprentissage. Chacun apprend là où il est, c’est-à-dire dans son environnement privé, à la maison, dans celui de l’école ou du travail, ainsi que là où se déroulent les rencontres, jeux ou loisirs dans la communauté élargie. Le cadre des apprentissages est fondamental, car l’apprentissage est essentiellement un processus social ancré dans la vie communautaire. La plupart des apprentissages importants acquis au cours de la vie ont été faits avec et grâce aux autres. Les familles saines et capables d’apprentissages et les communautés saines et capables d’apprentissages constituent les fondements d’une nation et d’une société fondées sur l’apprentissage. (Ron Faris)

Raison 3 : un principe qui explore de nouvelles avenues

Lorsqu’il est question de développement de l’alphabétisme, il faut forcément explorer de nouvelles avenues car ce qui est en jeu, c’est l’exigence de repositionner l’éducation et la formation des adultes dans un monde social, politique et économique complexe et en perpétuelle transformation.

Nous croyons que la communauté d’apprentissage centrée sur le lieu, que ce soit une ville, un village ou un quartier, est au centre du défi que pose le développement (durable) de nos sociétés. Et pour répondre à ce défi, « quelle est la ressource première d’une ville ou d’une région, quel atout peut-elle générer de l’intérieur, peut-elle faire valoir? Au-delà des avantages physiques qu’elle possède et précisément pour les maximiser, la principale ressource sur laquelle la ville peut miser est le savoir qu’elle et sa population possèdent et peuvent acquérir », comme l’analysait Paul Bélanger dans le cadre du colloque Villes, savoir et développement local, organisé en avril 2006 par l’Association internationale des maires francophones (AIMF).

La proximité et la participation citoyenne sont deux paramètres qui incitent à associer le concept de communauté apprenante centrée sur le lieu aux enjeux liés au développement de l’alphabétisme. Deux défis qui doivent se parler. Du moins, deux concepts qui doivent s’interroger, se compléter. Dans la même allocution, Paul Bélanger expliquait lors de ce Colloque que la ville ne peut survivre sans être une ville de savoir, mais elle ne peut devenir une ville de savoir sans devenir une ville apprenante, c’est-à-dire une ville qui mise sur les « savoirs citoyens », une ville qui mobilise, une ville, comme le précisait encore Paul Bélanger, « où les individus, dans mille associations et mouvements, étudient ensemble de nouvelles façons de dépister et de résoudre les problèmes au travail, dans l’arrondissement ou à la maison ».

Une communauté apprenante centrée sur le lieu… fondée sur le « territoire comme lieu de développement du capital social et de l’innovation, c’est-à-dire [capable] de valoriser et de mobiliser l’ensemble des actifs d’un territoire : capital humain, relationnel, patrimonial, organisationnel, entreprises, collectivités territoriales, réseaux, etc., au service d’un développement durable et inclusif ».

Raison 4 : un principe qui s'appuie sur les partenariats et le décloisonnement

Un modèle de communauté centrée sur le lieu permet aux membres de la communauté de repérer et d’analyser les ressources en matière d’apprentissage (les personnes qui ont des connaissances et des habiletés à partager et les installations locales) dans les cinq secteurs suivants :

  • le secteur civique ou de la gouvernance;
  • le secteur économique (de l’entreprise privée à l’entreprise d’économie sociale);
  • le secteur public (les bibliothèques, les musées, les agences de santé et de services sociaux);
  • le secteur de l’éducation (de la maternelle aux cycles supérieurs);
  • le secteur du bénévolat et de l’action communautaire (groupes confessionnels, clubs philanthropiques, associations récréatives et ludiques).

Une communauté centrée sur le lieu mobilise les ressources de ces cinq secteurs, tandis qu’une communauté traditionnelle s’appuie sur le secteur de l’éducation comme principale source d’apprentissage.

Briser le cloisonnement des cinq secteurs pour favoriser des partenariats intersectoriels et des alliances stratégiques constitue la principale réussite des communautés d’apprentissage. En mobilisant les ressources d’apprentissage de ces cinq secteurs, la communauté peut améliorer ses conditions économiques, environnementales et socioculturelles de manière socialement inclusive. Enfin l’approche communautaire et centrée sur l’apprenant favorise un apprentissage qui va s'étaler toute la vie durant et tirer partie de toutes les situations d’apprentissage possibles.

Raison 5 : des littératies multiples comme garantie du dynamisme des communautés

De multiples littératies se retrouvent dans les communautés d’apprentissage dynamiques, qu'il s'agisse de littératie informatique, de littératie financière, de littératie en santé ou de littératie civique. Le vieux modèle qui oppose ceux qui sont « alphabètes » à ceux qui sont « analphabètes » est périmé. Il amoindrit et enferme dans des stéréotypes les personnes qui manquent de certaines habiletés en alphabétisme et en numératie, mais qui possèdent par ailleurs d’autres compétences. Il ne faut pas oublier que la plupart des personnes faiblement alphabétisées ont un emploi et que certaines personnes peuvent avoir atteint un certain niveau de littératie dans un domaine ou pour un type de tâche et se trouver à un niveau de littératie différent lorsqu'il s'agit d'autres types de tâches.

Raison 6 : le concept d’apprentissage tout au long de la vie comme principe organisateur

L’apprentissage est un processus qui se produit dans toutes les communautés. Cependant, l’usage explicite du concept d’apprentissage tout au long de la vie comme principe organisateur et objectif socioculturel constitue la caractéristique essentielle d’une communauté apprenante. En effet, il sous-tend toute l’analyse, la planification et la mise sur pied des partenariats sectoriels et intersectoriels ainsi que des stratégies de collaboration.

Raison 7 : les 3 « P » qui déterminent le succès de la mise en place d'une communauté d'apprentissage

Des expériences réalisées en Colombie-Britannique ont fait ressortir les trois déterminants du succès des communautés d’apprentissage. Ce sont les 3 P :

  • Établir des Partenariats dans les cinq secteurs (civique {gouvernance}, économique, public {bibliothèques, agences de santé et de services sociaux, etc.}, éducation et bénévole/communautaire.
  • Favoriser la Participation, particulièrement des personnes exclues et désavantagées.
  • Évaluer la Performance et le progrès.

Raison 8 : des processus adaptés à divers contextes

Bâtir une communauté d’apprentissage, c'est mettre en évidence l’importance de la mise en commun des efforts, des talents et des compétences de chacun. C'est aussi valoriser les processus éducatifs :

  • qui intègrent les dimensions sociales,
  • qui sont à l’écoute des besoins des personnes et des communautés
  • qui sont adaptés à des contextes divers et changeants.

Raison 9 : la construction sociale du savoir comme principe de base

Il existe de nombreuses études qui mettent en évidence l’importance de considérer la construction de connaissances comme un processus qui résulte des interrelations entre les personnes et les processus sociaux dans lesquels elles agissent et, par conséquent, d’aborder l’éducation en considérant son lien indissociable avec les réalités sociales, culturelles, historiques. La communauté d’apprentissage fait contrepoids aux formes traditionnelles d’apprentissage en adoptant la construction sociale du savoir comme l’un de ses principes de base. Elle permet de créer des conditions stimulantes et plus riches d’apprentissage et de rompre avec le manque de liens, de relations signifiantes et structurantes et de valeurs communes du contexte social actuel.

Raison 10 : l'émergence d'une culture interne au sein de la communauté d’apprentissage.

Les transformations qui peuvent s’opérer au cœur d’une communauté d’apprentissage sont multiples et complexes. Une culture interne émerge. Les apprentissages sont le fruit du partage, du dialogue, de la confrontation collective, des difficultés de parcours, de la réflexion et de la recherche collective de façons d’agir et de réagir face aux divers défis de la trajectoire commune. Ils sont aussi le résultat de continuelles actions, rétroactions, des avancées et des choix à réaliser. Ce type d’apprentissage fait appel à l’humilité, ce qui implique une prise de conscience des limites de chacun et la reconnaissance de l’incertitude, de la tolérance, de l’acceptation de la différence, de la curiosité, de l’écoute et du respect de l’autre, de la recherche d’une compréhension, des points de vue d’autrui, de la prédisposition au changement, de la reconnaissance des possibilités de transformation et d’une continuelle amélioration, de l’engagement dans le processus commun, de la disposition et de la disponibilité pour le dialogue, et enfin, de la confiance dans la force du collectif.