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Histoire d'un virage

2008-2013

Discours de Normand Levesque, directeur général de la FCAF

Discours

Normand Lévesque, directeur générale de la FCAF
Dans le cadre du Forum de la Société nationale de l’Acadie
"Passons à l'action pour l'alpha francophone en Atlantique".
Moncton, Nouveau-Brunswick 19 et 20 septembre 2008

Mesdames, Messieurs Bonjour,

« It is not enough to dream, it is necessary to know how to dream » (Paolo Freire)

1. C’est le temps d’agir… sur des constats inquiétants!

Au Canada, comme dans la majorité des pays industrialisés, l’alphabétisme est devenu un enjeu majeur. Depuis quelques années, la conception de l’alphabétisme a changé : on reconnaît maintenant qu’il y plusieurs niveaux dans la capacité des personnes de comprendre ce qu’elles lisent.

Les compétences en lecture et en écriture sont essentielles non seulement pour la qualité de la vie des personnes et de leur famille, mais aussi pour la vitalité sociale et économique de l’ensemble de la société.

D’ailleurs la Déclaration de Hambourg (lors de la Conférence internationale de l’UNESCO) sur l’éducation des adultes, disait dans son article 11 :

« L’alphabétisation, conçue dans une acceptation large comme l’acquisition des connaissances et compétences de base dont chacun a besoin dans un monde en rapide évolution, est un droit fondamental de la personne humaine et constitue l’un des fondements des autres compétences de la vie courante ». L’alphabétisation a aussi pour effet de stimuler la participation aux activités sociales, culturelles, politiques et économiques et de favoriser l’éducation tout au long de la vie ».

Ce que nous savons tous, c’est qu’un taux élevé d’alphabétisme est très avantageux pour la vitalité des communautés tout autant que pour les personnes touchées. Les études montrent que les personnes qui ont des compétences acceptables ou fortes en lecture :

  • Affichent un taux d’emploi plus élevé et ont des revenus supérieurs;
  • Ont des emplois moins précaires et de meilleures conditions de travail;
  • Participent plus à des activités de formation et de perfectionnement;
  • Se disent en meilleure santé;
  • Sont plus actifs dans leur communauté;
  • Sont plus en mesure d’appuyer leurs enfants dans leur cheminement scolaire;

Plus personne n’a besoin d’être convaincue de la nécessité pour le Canada d’atteindre des niveaux d’alphabétisme plus élevés…

Les résultats des enquêtes nationales et internationales parlent d’eux-mêmes et les conséquences, autant pour les personnes que pour la société sont bien documentées… La preuve n’est plus à faire…Alors, pourquoi depuis 1994 cette proportion de 42% de canadiens en age de travailler (16 à 65 ans) qui ont de la difficulté à comprendre et à utiliser l’information contenue dans divers types de texte est demeurée inchangée?

Pourquoi donc, le Canada reste encore loin, en matière de taux d’alphabétisme, de pays comme la Norvège qui s’est classé au premier rang lors de l’enquête internationale?

Pourquoi les francophones de ce pays de 16 ans et plus, pour 56% d’entre eux se situent, encore aujourd’hui aux deux niveaux les plus faibles d’alphabétisme?

Et dans le cadre du développement des communautés de langue officielle, le faible niveau d’alphabétisme chez les francophones au Canada est un des maillons les plus faibles de la vitalité de nos communautés :

Pourquoi? Parce qu’il limite le développement de notre capacité organisationnelle. L’enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes a révélé que les personnes faiblement alphabétisées participent moins à la vie communautaire et par conséquent, se sont pas portées à s’investir pour participer au sein des organisations de leur communauté.

« Il faut accroître les compétences des citoyens, de ceux qui siègent aux conseils municipaux des villes et villages, des associations, des coopératives, pour pouvoir avancer en développement durable et en écologie. L’éducation des adultes n’est pas uniquement un enjeu démocratique, c’est aussi un enjeu social et économique » disait Paul Bélanger (ancien directeur de l’Institut pour l’éducation de l’UNESCO et professeur à l’UQAM)

 

2. C’est le temps d’agir… : depuis plusieurs années…

La Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français (FCAF) croit qu’il est urgent d’agir et d’adopter une vision à long terme et un plan vigoureux…nous ne sommes pas les seuls à penser qu’il est le temps d’agir :

  • en 2002 Le savoir, clé de notre avenir : le perfectionnement des compétences au Canada publié dans le cadre de la Stratégie d’innovation du Canada…
  • en 2005, Vers un Canada pleinement alphabétisé qui propose une stratégie pancanadienne pour relever le niveau d’alphabétisme des canadiens … dans le cadre du rapport soumis par le Comité consultatif sur l’alphabétisation et les compétences essentielles à la ministre d’Etat au développement des ressources humaines…
  • en 2007, l’Etat de l’apprentissage au Canada, pas le temps de s’illusionner, du Conseil canadien sur l’apprentissage…
  • en 2008, plus près de nous, cette initiative de la Société nationale de l’Acadie

Et nous demandons QUOI : une action concertée des gouvernements et à insister sur l’importance d’un financement adéquat pour permettre au Canada d’atteindre de plus hauts niveaux d’alphabétisme essentiels à la nouvelle économie du savoir…

3. C’est le temps d’agir : la proposition de la FCAF

La FCAF inscrit sa proposition de Plan de rattrapage dans une vision : Former des communautés francophones pleinement alphabétisées à savoir, des communautés qui sont composées de personnes autonomes qui ont accès à une bonne qualité de vie, participent activement à la vie de la communauté et dont les habitudes de lecture et d’écriture en français sont enracinées dans la vie quotidienne…

Cette vision s’insère dans une approche de l’éducation des adultes tout au long de la vie. Une notion ou une vision élargie de l’éducation des adultes qui est considérée non seulement comme un droit mais aussi comme un instrument de développement.

Avec également des objectifs…

Augmenter le niveau moyen d’alphabétisme des communautés francophones afin de leur permettre d’atteindre un niveau d’alphabétisme équivalent à celui des pays les plus performants.

Et dans ce cas de figure, la Norvège devient le pays de référence. Pourquoi? Ce pays s’est classé au premier rang lors de l’enquête sur la littératie et les compétences des adultes en 2003. La FCAF a même estimé le nombre de francophones qu’il faudrait former d’ici 10 ans : 58 202 apprenants francophones de 16 à 44 ans et 66 859 apprenants de 45 à 64 ans pour un nombre total de : 125 067 apprenants francophones.

 

Ici une explication s’impose : ces données et ces analyses proviennent de deux documents que la FCAF a préparé :

  1. Plan de rattrapage en alphabétisation des adultes, Canada hors Québec en décembre 2006;
  2. Plan de rattrapage en alphabétisation en français des adultes, cibles pour le groupe d’ages de 45 à 64 ans;

 

Vous aurez compris, que C’est le temps d’agir…ne se réalisera que qu’avec des moyens…et des partenaires!

Relever de façon significative les niveaux d’alphabétisme des francophones vivant en milieu minoritaire est un projet de société qui nécessitera l’apport de tous les intervenants : gouvernements, employeurs, syndicats, maison d’enseignement et milieu communautaire.

Car l’objectif idéal, qu’il importe de conserver, est très difficile à atteindre. En ce moment, les organismes membres de la FCAF accueillent environ 5 000 personnes de 16 ans et plus dans les provinces autres que le Québec.

Donc la FCAF se propose, au cours des 10 prochaines années de rejoindre 25 000 apprenants, soit 20% de la cible idéale… COMMENT? En travaillant sur 6 grands axes :

  1. Sensibilisation, promotion et recrutement…
  2. Formation et ressourcement
  3. Programme et services
  4. Renforcement des liens
  5. Evaluation et recherche
  6. Capacité organisationnelle

…et des résultats

  1. La FCAF vise donc sur 10 ans les résultats suivants :D’ici trois ans…les organismes d’alphabétisation en français qui auront des capacités d’offrir des services permanents et diversifiées…
  2. D’ici sept ans…les organismes d,alphabétisation en français auront établi des partenariats avec divers secteurs et offriront des services d,alphabétisation permanents et diversifiées auprès des populations sans emploi et celles en emploi…
  3. D’ici 10 ans, les adultes francophones auront accès à des services de formation en français de qualité dans chaque province et territoire. Ils se formeront de façon continue afin de participer à une société pleinement alphabétisée…

4. C’est le temps d’agir…du leadership et des investissements!

Les besoins en alphabétisation ne seront véritablement pris en considération que lorsque la société et les gouvernements en feront une priorité d’action. Pour ce qui est des gouvernement, la perspective du droit paraît fondamentale : le droit à la formation de base en français doit –être également reconnu et appuyé ensuite par des programmes souples. Seules des législations permettront de se dégager de l’arbitraire et du caractère limité des programmes actuels qui dépendent trop souvent du bon vouloir des autorités.

Bref, des propositions comme celle de la FCAF ne peuvent-être soutenues par du financement à court terme attribué sur la base de projet….

Les objectifs et les stratégies sont à long terme…le financement doit être accordé dans le cadre d’entente de contribution pluriannuelles….

En terminant, nous espérons que les gouvernement fédéral, de même que les gouvernements provinciaux et territoriaux reconnaissent l’urgence d’agir et appuyer les démarches comme celles proposées par la FCAF qui vise à permettre à plus de francophones au pays de se prendre en main, de contribuer à l’économie du savoir et en tirer tous les avantages possibles…

Merci et bonne journée!